Pourquoi je suis plus fatigué·e quand il fait chaud ?

Il fait 38°C, et tu n’as rien fait de ouf aujourd'hui.

Ton corps est tout mou, ton cerveau fonctionne avec approximativement trois neurones et la seule activité physique que tu envisages consiste à déplacer ton ventilateur pour qu'il te suive partout.

Mais pourquoi la chaleur nous fatigue-t-elle autant ?

Parce que même si toi, tu as décidé de ne rien faire (ou plutôt obligé·e 🥲), ton corps, lui, continue de travailler pour maintenir sa température.

Et ça lui demande quelques adaptations.

Ton corps essaie constamment de maintenir sa température

Ton organisme fonctionne correctement dans une plage de température interne relativement étroite. Pour éviter que celle-ci augmente trop lorsqu'il fait chaud, ton cerveau dispose d'une sorte de "thermostat" : l'hypothalamus.

Il reçoit des informations sur la température du corps et coordonne différentes réponses permettant d'évacuer la chaleur.

Deux mécanismes deviennent particulièrement importants :

  • envoyer davantage de sang vers la peau ;

  • produire de la sueur.

Autrement dit, pendant que tu es affalé·e devant ton ventilateur en te demandant pourquoi tu n'as aucune énergie, ton organisme est activement en train d'essayer de maintenir son équilibre thermique.

Ce n'est donc pas simplement "la chaleur qui fatigue". C'est aussi l'ensemble des adaptations physiologiques que ton corps doit mettre en place pour y faire face.

Ton système cardiovasculaire doit s'adapter

Quand il fait chaud, les vaisseaux sanguins situés près de la peau se dilatent. On appelle cela la vasodilatation cutanée. Parce qu'en faisant circuler davantage de sang près de la surface de la peau, ton organisme facilite le transfert de chaleur vers l'environnement.

C'est très pratique pour éviter de surchauffer.

Mais cela modifie aussi la répartition du sang dans l'organisme et demande au système cardiovasculaire de s'adapter.

Le cœur peut notamment devoir battre plus vite afin de maintenir un débit sanguin suffisant, particulièrement lorsque tu bouges ou fais du sport. C'est aussi pour cela qu'un effort qui te paraît normalement facile peut sembler beaucoup plus difficile lorsqu'il fait très chaud.

Ton corps doit gérer en même temps l'effort physique et l'évacuation de la chaleur. Plus la contrainte thermique augmente, plus cette adaptation devient exigeante.

Tu transpires davantage

La transpiration est l'un des principaux moyens dont dispose ton corps pour se refroidir.

Lorsque ta température augmente, les glandes sudoripares produisent de la sueur. Mais ce n'est pas vraiment la sueur elle-même qui te refroidit. C'est son évaporation à la surface de la peau.

Lorsque l'eau passe de l'état liquide à l'état gazeux, elle emporte avec elle une partie de la chaleur. Et c'est là que l'humidité entre en jeu.

Quand l'air est très humide, la sueur s'évapore moins facilement. Résultat : tu peux transpirer énormément sans pour autant te refroidir aussi efficacement. Ton organisme doit alors continuer à lutter contre l'accumulation de chaleur.

Et évidemment, qui dit transpiration dit aussi pertes hydriques.

La déshydratation peut accentuer la sensation de fatigue

Lorsque tu transpires, tu perds principalement de l'eau, mais également des électrolytes, notamment du sodium.

Si ces pertes deviennent importantes et ne sont pas suffisamment compensées, tu peux progressivement te déshydrater.

Cela peut notamment contribuer à :

  • une sensation de fatigue ;

  • des maux de tête ;

  • des étourdissements ;

  • une diminution des performances physiques ;

  • et, lorsque la déshydratation devient suffisamment importante, certaines performances cognitives peuvent également être affectées.

L'objectif n'est donc pas de boire trois litres d'eau "parce qu'il fait chaud" coûte que coûte. Il s'agit plutôt de boire régulièrement et d'adapter ses apports aux pertes et à la situation.

Et non, tout le monde n'a pas non plus besoin de boissons électrolytiques dès qu'il transpire un peu.

Les besoins dépendent notamment de la durée de l'exposition, de l'activité physique, de la quantité de sueur produite et de l'alimentation.

La chaleur peut aussi fatiguer ton cerveau

Tu connais peut-être cette sensation : il fait 35°C et réfléchir à ce que tu vas manger ce soir te demande déjà approximativement 80 % de tes capacités intellectuelles.

Ce n'est pas complètement imaginaire.

Une chaleur importante, surtout lorsqu'elle provoque une véritable contrainte thermique, peut altérer certaines performances cognitives. L'attention, la vitesse de traitement ou certaines tâches complexes peuvent notamment devenir plus difficiles dans certaines conditions.

Et si une partie de ta fatigue venait aussi de ta nuit ?

On pense beaucoup à ce que la chaleur fait à notre corps pendant la journée, mais on oublie parfois ce qu'elle fait pendant la nuit.

Pour favoriser l'endormissement et le maintien du sommeil, notre organisme doit pouvoir réguler sa température. Or, lorsqu'il fait très chaud dans la chambre, cette thermorégulation devient plus difficile.

Les études en conditions réelles montrent globalement que des températures ambiantes plus élevées sont associées à une diminution de la qualité et/ou de la durée du sommeil. Cela peut se traduire par un endormissement plus difficile, davantage de réveils, un sommeil moins efficace ou simplement une sensation de sommeil moins réparateur.

Résultat : tu dors moins bien, tu récupères moins bien, et le lendemain, tu es déjà fatigué·e avant même d'affronter une nouvelle journée de chaleur.

Pourquoi certaines personnes supportent-elles mieux la chaleur que d'autres ?

Parce que nous ne sommes pas tous égaux face à la chaleur.

Notre capacité à réguler notre température dépend de nombreux facteurs. L'âge, certaines maladies, certains médicaments, la condition physique ou encore les caractéristiques individuelles peuvent modifier la réponse du corps à la chaleur.

Il existe également un phénomène très intéressant : l'acclimatation à la chaleur.

Lorsqu'une personne est exposée régulièrement à la chaleur pendant plusieurs jours, son organisme peut progressivement s'adapter. Par exemple, la transpiration peut devenir plus efficace et certaines adaptations cardiovasculaires permettent de mieux supporter l'exposition.

C'est une des raisons pour lesquelles une température élevée peut sembler particulièrement difficile au début d'une période chaude puis être un peu mieux tolérée par la suite.

Mais cette adaptation varie énormément selon les personnes et ne protège évidemment pas complètement contre les risques liés aux fortes chaleurs.

Alors, qu'est-ce qu'on peut faire ?

Bonne nouvelle : tu n'as pas besoin de devenir une créature nocturne vivant devant son congélateur pendant tout l'été 😂

Quelques adaptations simples permettent déjà de diminuer la contrainte thermique.

Tu peux notamment :

  • boire régulièrement au cours de la journée ;

  • éviter les activités physiques intenses aux heures les plus chaudes ;

  • privilégier l'ombre et les endroits frais ;

  • porter des vêtements légers ;

  • prendre une douche fraîche ou utiliser d'autres moyens de refroidir le corps ;

  • fermer volets, stores ou rideaux lorsque la chaleur entre dans le logement et profiter de l'air nocturne lorsqu'il fait plus frais dehors ;

  • alléger ta literie lorsque les nuits sont chaudes.

(Bon, je pense que je ne t’apprends rien ici 😆 Ce sont les mesures actuellement recommandées par l'Organisation mondiale de la Santé lors des périodes de fortes chaleurs.)

Et surtout : adapte ton rythme.

S'il fait 38°C et que ton corps te demande de ralentir, ce n'est peut-être pas le meilleur jour pour essayer de battre ton record personnel au 10 km.

Un petit mot de la fin 💌

Si tu as moins d'énergie lorsqu'il fait très chaud, ce n'est donc pas juste une impression.

Ton organisme doit continuellement réguler sa température, ton système cardiovasculaire s'adapte, tu perds davantage d'eau en transpirant et ton sommeil peut également être moins réparateur.

Et tout cela peut s'additionner.

Alors peut-être qu'en plein été, ton corps n'a pas besoin que tu lui demandes exactement la même chose qu'en plein mois d'octobre. Ralentir un peu, adapter ton activité, boire régulièrement et chercher la fraîcheur font aussi partie d'une bonne hygiène de vie.

Et si malgré tout ta fatigue est particulièrement intense, inhabituelle ou accompagnée de symptômes importants, n'hésite pas à en parler à un·e professionnel·le de santé.

Parce que la chaleur peut fatiguer, oui. Mais toute fatigue ne doit pas automatiquement être mise sur le compte de la chaleur.

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